Écrans en magasin
Des Écrans en magasin, vous en croisez sans doute déjà, près des caisses ou au bout d’une allée. Ils diffusent des vidéos de marques. Discrètement, ils comptent aussi ceux qui passent et ceux qui regardent. Walmart et Albertsons s’en servent aux États-Unis. OBI a ouvert la voie dans le jardin. Pourquoi donc garder un œil sur le sujet ?
Écrans en magasin, c’est quoi ?
Imaginez un écran au bout d’une allée. Une vidéo de quinze secondes défile, signée d’une marque que vous connaissez. Jusque-là, rien d’original. La nouveauté se cache dans le cadre. Un petit capteur compte les personnes qui passent devant, et celles qui lèvent les yeux. Ensuite, les données sont comparées aux tickets de caisse. Les clients qui ont vu la vidéo achètent-ils plus que les autres ? Voilà tout le principe. Les Américains appellent cela le « retail media en magasin ». En clair, le magasin vend de l’espace publicitaire à ses fournisseurs, comme un site internet vend des bannières. Mais ici, la mesure se fait à quelques mètres du rayon, au moment où le client choisit. Dans mon dernier édito, je vous parlais du compteur à l’entrée du point de vente. Ici, c’est la même technologie, intégrée cette fois à un outil qui existe déjà en magasin. Pas de matériel de plus à surveiller ! Reste à voir ce que cela donne sur le terrain.
Walmart, l’échelle XXL
Premier exemple, Walmart, géant américain de la grande distribution, avec ses hypermarchés et ses supermarchés. La régie publicitaire, Walmart Connect, vend aux marques des diffusions sur ses écrans en magasin. Les fabricants paient pour toucher des clients déjà dans les allées. Par exemple une campagne du fabricant Mondelēz pour les biscuits Triscuit, en octobre 2024. Elle a tourné dans plus de 1 800 points de vente. Résultat annoncé, environ 49 500 unités vendues en plus, soit 246 000 $ supplémentaires en magasin. Ces chiffres viennent de Walmart lui-même. Prudence donc 😉… Le mécanisme, lui, est limpide. Le client est là, le produit à portée de main, la décision se prend en quelques secondes. Un écran qui parle de la bonne marque au bon moment pèse davantage qu’un prospectus oublié dans la boîte aux lettres. Va falloir vivre avec son temps…

jardileclerc le luc
Albertsons, magasins témoins
Deuxième exemple, Albertsons, grand groupe américain de supermarchés alimentaires. Ici, l’enseigne a surtout travaillé la preuve. Pour mesurer l’effet d’une campagne, elle compare des magasins équipés d’écrans à des magasins jumeaux, sans écrans. Une soixantaine de critères servent à choisir ces fameux « jumeaux », comme la taille, la clientèle ou la région. Seule la publicité change. La différence de ventes revient donc à l’écran. Résultat pour une campagne du fabricant Mondelez ? Environ 14 % de ventes en plus en magasin, pour un retour de 2,41 $ par dollar dépensé. Là encore, c’est l’enseigne qui communique. Mais la méthode mérite de s’y attarder ! Elle nous parle dans un langage clair, celui de la preuve. L’enseigne annonce l’ajout d’environ 800 magasins en 2026. Un fabricant qui reçoit un chiffre comparé à un magasin témoin analyse d’autant mieux la question. Sans mesure, difficile de demander un budget, surtout par les temps qui courent… Une campagne dure quelques semaines. Le résultat se lit ensuite en caisse, ticket après ticket.
Et dans le jardin ?
Mais est-ce que cela peut fonctionner dans le jardin ? Oui, et l’exemple vient d’Allemagne. OBI, enseigne de bricolage et de jardinage, a testé le principe d’avril à juin 2025, dans dix magasins de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Des écrans de 75 pouces ont été posés dans plusieurs rayons, dont le jardin, l’outillage et la maison. Avec l’aide de Stratacache, ils sont équipés de capteurs qui mesurent la fréquentation et les vues. Les marques partenaires y diffusent leurs vidéos, juste devant le produit. Aucun résultat n’a été publié à ce jour, on repassera pour les preuves de réussite… Mais bon, la première pierre est posée ! En avril 2026, l’enseigne a rebaptisé sa régie Obi Advertising. Elle prévoit 2 600 écrans sur pied dans ses allées, dont les 1 000 premiers cette année en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Quatre écrans par magasin en moyenne, de 55 pouces. Et on se doute qu’une enseigne, habituellement économe (………) ne déploie pas autant d’écrans pour le plaisir. Le jardin pourrait facilement se prêter à ce jeu. Les visiteurs flânent, comparent, hésitent devant dix variétés de rosiers. Un écran bien placé peut les aider à choisir, sans les brusquer.

Jardi + Theix Noyalo
Le coup de main des fournisseurs (et des producteurs ?).
Et qui paie ? C’est le point le plus « intéressant ». Comme aujourd’hui, ces écrans peuvent être financés par les fournisseurs. Un fabricant d’engrais, de terreau ou d’outillage paie pour diffuser sa vidéo à côté de son produit. Le distributeur installe les écrans et mesure les résultats. Chacun y trouve son compte. Le fabricant gagne en visibilité là où se prend la décision du client. Côté producteur, une vidéo de plantation au rayon des rosiers ferait aussi l’affaire. Pour le distributeur, c’est une recette publicitaire nouvelle, et c’est aussi du conseil offert au client. Une vidéo de trente secondes explique mieux la taille d’un hortensia qu’une étiquette de huit mots. Cela rejoint ce que demandent les Français. Dans le baromètre Promojardin Promanimal de cet été, 33 % attendent des conseils d’entretien après l’achat. Une partie de la réponse tient peut-être sur un écran. Et la publicité ? Elle devient utile quand elle montre comment faire. Qui, dans la filière, accepterait de tester le premier ?
Et rien n’interdit le co-branding. Imaginez une association entre 2 fabricants et un producteur de végétaux, la solution financière serait sans doute plus simple ?
Facile à mettre en place ?
Bonne nouvelle, rien de bien compliqué. Un écran, une connexion, un petit capteur, un logiciel qui diffuse les vidéos. Les marques ont déjà des films de leurs produits. Un magasin peut démarrer avec un seul écran, à l’entrée ou au rayon plantes. Quelques semaines plus tard, il compare les ventes avec et sans diffusion. Pas besoin de 2 600 écrans comme OBI ! Après, l’idéal serait une mise à disposition de ces écrans en magasin, on peut rêver…
Le distributeur installe l’outil, le fournisseur avec le producteur s’occupe du film, et on établi une facture en fonction des ventes réalisées. Un test grandeur nature permettrait de lancer la machine ? Chacun y gagnerait des données précieuses sur ses produits.
Bon, soyons réalistes, aujourd’hui, les écrans en magasin ne remplaceront jamais un vendeur disponible. Ils peuvent en revanche aider à mieux conseiller, et à mesurer ce qui marche.
C’est l’histoire d’un distributeur, d’un fabricant et d’un producteur qui ont décidé de construire un truc sympa ensemble … Vous connaissez le début du conte de fées… Reste à écrire la suite !
Président de Promojardin Promanimal



Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !